Aux milieux/En los medios/Nos meios

Aslouba et Chance

Aslouba et Chance

Chance et Aslouba

Adis

Bonjour tout le monde, je m’appelle Adis Simidzija et vous écoutez le balado Voix parallèles. Ce balado nous plonge dans l’univers d’adolescentes et d’adolescents immigrants qui tentent de cultiver les terres québécoises pour mieux s’enraciner dans leur nouvelle société. Les voix que vous venez d’entendre, ce sont celles d’Aslouba et de Chance. Avec eux, j’ai eu le privilège d’aborder différents sujets qui les touchent directement, de leurs ambitions aux enjeux d’intégration en passant par les passions qui les animent. Comme premier sujet de discussion, Aslouba et Chance se sont confiés sur leur première neige et leur premier jour au Québec.

Chance

La première fois quand on a vu une neige, c’était je sais pas les jours mais je pense que c’était en mars. Le problème où on vu une neige, j’ai touché un peu et ça faisait froid, ça faisait trop froid. C’est juste on sortait une fois par semaine et il y avait une parc à côté de l’hôtel et on avait un ballon pour jouer. On jouait avec mes tantes, mais il sait pas bien jouer, mais on a joué comme ça, comme ça, parce que j’avais pas des amis encore.

Aslouba

Moi la première fois quand j’étais arrivé au Québec, je découvrais le tennis et c’était ça mon sport préféré en premier. À l’hôpital, c’était mes parents qui étaient allés à la maison. Donc moi j’ai resté là-bas et j’ai fait quelques jours à l’hôpital avant de venir voir la nouvelle maison. Je sentais très [inaudible]

Chance

Le premier jour quand j’ai vu ma maison, c’était un peu cool, c’était grand, puis quand j’ai vu j’ai vu ma chambre, tout ça, on dormait deux personnes ou trois, mais maintenant, je dors moi-même dans ma chambre.

Adis

La pandémie de COVID-19 a eu un impact direct sur les adolescentes et adolescents du Québec. Il aura fallu faire preuve d’imagination pour tromper l’isolement et l’éclatement des liens sociaux. Alors qu’Aslouba était déjà au Québec en 2020 lorsque les premières mesures sanitaires ont été mises en place, Chance de son côté était encore au Burundi.

Chance

Quand il y avait le Covid, les gens ils voyaient comme c’est rien, comme c’est normal. Mais quand j’ai arrivé ici, c’était sérieux, là, on portait des cache-nez, on se lave les mains, ici c’était un peu sérieux. Mais là-bas, dans mon pays, pour les négligences, mon grand-père, il a attrapé aussi le Covid, il a failli mourir, mais il est vivant maintenant.

Aslouba

À l’école, la première fois, c’était la madame qui nous a annoncé, je savais même pas c’est quoi le Covid. Elle nous disait il y avait une très grosse maladie, qu’on doit laver les mains tout le temps. C’est juste ça que j’ai retenu. J’avais peur. On restait à la maison et juste aller au Super C c’est tout. On nous disait on peut pas sortir, on peut pas voir la famille pour ne pas contaminer. Bah moi quand il nous a dit que on pouvait commencer l’école normalement, c’était bien. Je me suis senti très heureux de revoir les amis que j’avais pas vu pendant des mois.

Adis

Les activités jeunesse du service d’accueil des nouveaux arrivants de Trois-Rivières ont joué un rôle fondamental dans la création de liens entre Chance et son nouvel ami à Aslouba. Comme nous l’expliquent les deux amis, c’est un intervenant du Sana Trois-Rivières qui a eu l’idée de les mettre en contact.

Aslouba

C’était juste ici à côté. Moi j’étais à la maison, je faisais un ménage puis j’ai vu monsieur Jasmin qui venait nous dire « Aslouba, j’ai besoin de toi et ta sœur car on a des nouveaux qui sont arrivés et j’aimerais ça que tu les rencontres ». Donc moi j’étais venu puis je l’ai trouvé en train de jouer au soccer.

Chance

Aslouba il vient avec sa sœur puis monsieur Jasmin nous a appelés pour nous présenter Aslouba et sa sœur. C’est comme ça qu’on a commencé à parler, qui est-il, qui je suis ? Tu viens d’où ? Il m’a parlé qu’il parlait un peu espagnol, mais je ne croyais pas.

Aslouba

On a entendu qu’il va venir dans notre classe et je l’ai vu aussi au Sana. Donc c’est ça.

Adis

L’école joue un rôle important dans la vie des adolescentes et des adolescents. C’est un lieu de rencontre, parfois d’angoisse, d’autres fois de joie et de partage. Comment Chance et Aslouba ont vécu leur premier jour à l’école au Québec ? Quels ont été les défis, les obstacles, les éléments facilitateurs ?

Aslouba

Au début, l’apprentissage c’était un peu dur car… je peux pas tout dire, mais c’est compliqué. Tout le monde qui parlait français un petit peu. Mais moi je comprenais rien. Puis ensuite je me suis habitué avec eux. Le premier jour de l’école c’était bien car je connaissais des amis puis ils m’ont dit où aller manger, où aller aux toilettes et tout. Il y avait des Africains comme moi et ça m’a pas trop gêné. Je trouve l’école très difficile par rapport de là-bas. Même les professeurs me disent, mais j’attends rien, je connaissais rien. Là-bas en Afrique, je savais pas écrire puis quand j’étais venu, ben j’ai trouvé ça trop le fun. Puis moi aussi je commençais à écrire, je me suis acheté un ordinateur pour me pratiquer.

Chance

Parfois, on fait des activités, ça j’aime ça trop. Et puis le travail, on fait des devoirs, oui, mais c’est pas trop difficile. J’aime ça ici parce que ici les enfants, ils sont pas très méchants. À l’école, il m’a aidé trop de choses pour des casiers comme ça, où on va aux toilettes comme ça, où on mange à l’école. Il m’a aidé. C’est le premier ami que j’ai eu ici. Si quelqu’un fait de la musique, j’ai levé ma main pour faire des beatbox. Je fais un peu de beatbox. La madame des mathématiques, elle a dit « Oh, il joue bien ». Ma tante fait de la musique, il chante et il met sur YouTube. Mon oncle aussi fait de la musique et puis moi aussi, mon frère aussi fait la musique. Un peu [toute la] famille fait de la musique.

Adis

Maintenant que le choc du déracinement a été amorti, l’ancrage dans la société québécoise commence à opérer. Aslouba et Chance ont de nobles aspirations pour leur futur.

Chance

Mon plus grand rêve, c’est avoir un studio chez moi, et puis enregistrer des musiques.

Aslouba

Mon plus grand rêve, c’est devenir un médecin. J’aimerais devenir médecin pour sauver ma famille et sauver plein de gens qui sont malades.

Adis

Qu’est-ce qu’Aslouba et Chance ont à dire aux adultes accomplis qu’ils deviendront d’ici vingt-cinq ans ?

Aslouba

Je dirais de de suivre son rêve, son rêve d’être médecin, et qu’il lâche pas.

Chance

Lâche pas. Reste toi-même. Ne lâche pas ta famille. Ta famille reste ta famille.

Adis

S’ils pouvaient revenir en arrière, qu’est-ce qu’Aslouba et Chance diraient aux petits garçons qu’ils étaient finalement ?

Aslouba

De bien étudier.

Chance

Tu vois alors ? J’ai grandi, j’ai ma famille et j’ai des enfants. Je suis star, j’ai des abonnés. (Rires) Je sais pas encore.

Chance

Mon nom c’est Chance, j’ai 14 ans, je viens du Burundi. Je venais ici en 2022. Je me passionne pour la batterie, le piano et le beatbox. C’est grâce à la musique que je me fais apprendre.

Aslouba

Bonjour, je m’appelle Aslouba, j’ai 15 ans, je viens de République centrafricaine. Malgré ma peur des chiens, c’est mon animal préféré. Quand j’étais petit, le chien protégeait la maison contre les voleurs. Quand je suis arrivé au Québec, je voulais adopter un chien mais ma mère ne voulait pas. Depuis que j’ai l’âge de 10 ans, je caresse un très grand rêve, celui d’être médecin. Parce que j’aime bien aider les gens et que j’aimerais aider ma famille. Je n’exclus pas non plus de devenir pompier parce que ça me rend triste de voir des maisons en feu et des vies détruites. L’école a joué un rôle important dans ma vie au Québec puisque c’est à l’école que je me suis fait mon réseau d’amis. L’année dernière, j’ai gagné un prix premier aux élèves qui se sont les plus démarqués. Mes sports préférés sont le tennis, le basket et le football. Quand je suis sur un terrain de tennis, de basket ou de football, je suis habité par une douce joie. Dernièrement, je me suis découvert une passion pour l’écriture au point de m’acheter un ordinateur pour pratiquer à créer.